Crise de l'enfance : le ces alerte sur une fracture structurelle de l'économie espagnole
L’Espagne se débat une fois de plus avec une réalité alarmante : la pauvreté infantile. Le Conseil Économique et Social (CES) enfonce le clou dans cette observation préoccupante, dénonçant une « lacune » inacceptable pour un pays de la Zone Euro.
Un chiffre qui interpelle : 1 enfant sur 3 vivant dans la précarité
Le rapport 2025 du CES révèle une situation désolante : près d'un tiers des enfants espagnols vivent dans des conditions de pauvreté ou d'exclusion sociale. Ce problème, qui engendre un impact personnel et inégalitaire majeur, mine également les perspectives de capital humain et de compétitivité du pays. Le coût annuel de cette situation est estimé à 63 milliards d’euros, soit 5,1% du PIB.
Face à cette urgence, le CES plaide pour une transformation profonde du système de protection sociale. L’organisme propose une mesure audacieuse : une prestation universelle par enfant, de 200 euros par mois, accessible à toutes les familles, indépendamment de leurs revenus. Une proposition directement inspirée de l'initiative de Yolanda Díaz.

Un modèle universel, une priorité
Cette approche, selon le CES, est la voie la plus efficace pour une réduction durable de la pauvreté infantile et pour corriger un système actuellement fragmenté et inefficace. L’idée est claire : abandonner les dispositifs spécifiques au profit d’une politique universelle, plus simple à mettre en œuvre et plus inclusive.
Bien que le gouvernement envisage une aide de 200 euros par mois, le CES insiste sur la nécessité d’étendre la couverture à la naissance, au moins jusqu’à 3 ans, une mesure déjà adoptée dans de nombreux pays européens. Le débat reste ouvert au sein même du Conseil sur le seuil d’âge optimal, oscillant entre 0 et 6 ans, voire 12 ans. Une aide de 1 100 euros maximum pour les familles, compatible avec les aides existantes, est également proposée.

Au-delà de l'aide financière : une refonte du système
Le CES ne se limite pas à la proposition d'une prestation universelle. Il appelle également à des réformes structurelles, notamment la réintégration du « minimum par descendants » dans l’impôt sur le revenu, afin de profiter pleinement aux familles les plus modestes. De plus, le Conseil demande de doubler le montant du CAPI (Chèque Alimentaire pour les Enfants) et de le cibler plus précisément sur les enfants de 6 à 17 ans, où le risque de pauvreté est le plus élevé.
La complexité et la multiplicité des dispositifs actuels sont pointées du doigt : un système fragmenté qui ne parvient pas toujours à atteindre efficacement les familles en difficulté. Il est temps, selon le CES, de simplifier et d'unifier les aides, en privilégiant une approche universelle. L’Espagne ne peut se permettre de maintenir ces taux de pauvreté infantile, alors que l’économie progresse et que l’emploi se stabilise. La question n’est pas de savoir si l’on peut se permettre une telle situation, mais de savoir si l’on veut vraiment la supporter.”n